DYSPRAXIE VERBALE

Par Fabrice PASTOR, Neuropsychologue, IRLES.
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Ce trouble du langage n’est pas reconnu par tous les auteurs et de ce fait, est considéré comme relativement rare (environ 0,1% des enfants en âge scolaire). Elle serait cependant relativement sous-diagnostiquée 1.

Définition

Chez l’enfant, la dyspraxie verbale est considérée comme un trouble neurologique dans lequel la précision et la coordination des mouvements nécessaires à la parole sont troublés. Ce trouble survient en l’absence d’un quelconque déficit neuromusculaire (paralysie, etc.). Ainsi, la planification des séquences motrices nécessaires à la parole est perturbée, produisant des erreurs de parole ou de prosodie (l’intonation).

Terminologie

La dyspraxie verbale se distingue notamment de la dysarthrie par le fait qu’il n’y a pas de déficit neuromoteur. La dyspraxie verbale ne fait pas partie des troubles primaires du langage comme la dysphasie, mais elle peut s’y ajouter.

Caractéristiques et symptômes de la dyspraxie verbale

Le langage oral, la parole, nécessite une synchronisation des différents éléments de la sphère buccale : la langue, les lèvres, la bouche, le souffle, la force, doivent être bien coordonnés pour produire des sons et ainsi le langage oral. L’enfant est donc en difficultés pour parler, les mots seront tronqués, le discours n’est pas fluide. On retrouve fréquemment des symptômes de dyspraxie buccolinguofaciale (qui touche les mouvements moteurs mais non le verbal). Apparaît parfois une dyspraxie de manière plus générale.

Ainsi, on relève fréquemment :
- une prosodie inadaptée ;
- une différence notable entre les compétences en langage réceptif (la compréhension) et expressif (la production) ;
- des erreurs souvent différentes pour produire une même syllabe ou bien un même mot ;
- des problèmes pour séquences, pour transformer, pour manipuler les phonèmes ;
- des erreurs de transition d’un phonème (son) ou bien d’une syllabe à l’autre.

On retrouve notamment :
- des difficultés dans la coordination entre respiration et déglutition ayant fréquemment pour conséquence une toux,
- salivation excessive parfois, notamment lors de la parole,
- dans la petite enfance, on note peu de babillage et de jeux vocaux. L’enfant utilise fréquemment les mêmes voyelles ou les mêmes consonnes lorsqu’il babille ;
- l’alimentation a parfois posé problème ;
- les progrès développementaux sont relativement laborieux ;
- des difficultés pour prononcer des mots de 3 syllabes, enchaînement des sons est pénible ;
- un certain nombre de sons sont absents du répertoire de l’enfant ;
- l’enfant fait de réels efforts pour placer sa bouche pour produire des sons.

Que faire ? Comment diagnostiquer ?

Une évaluation pluridisciplinaire peut s’avérer nécessaire afin de préciser les difficultés et de mesurer toute la sphère cognitive (neuropsychologue, psychomotricien…). En parallèle, un bilan orthophonique complet doit être effectué afin de poser un diagnostic et de proposer par la suite une prise en charge adaptée. En tous les cas, le pronostic d’évolution est bon, mais le processus de prise en charge est fréquemment long dans le temps.


1 DAVIS, B. L., JAKIELSKI, K. J. and MARQUARDT, T. P., 1998, Developmental apraxia of speech: determiners of differential diagnosis. Clinical Linguistics and Phonetics, 12,25–45.


SOURCES :
- CHARRON, L., MacLEOD, A. (2010) La dyspraxie verbale chez l'enfant : identification, évaluation, intervention. Glossa, 109, pp.42-54. - Expérience clinique.

Mots-clés/Keywords : Neuropsychologue, childhood apraxia of speech, developmental verbal dyspraxia, developmental apraxia of speech, dysphasie de type dyspraxique, trouble primaire du langage, dysarthrie, dyslexie, dyspraxie, dyspraxie visuo-spatiale, dyspraxie visuo-constructive, langage, articulation, mot, orthophoniste, orthophonique, psychomotricien.

Dernière modification de l'article : 13/01/2014.