Dyspraxie : caractéristiques et profil de l'enfant Dyspraxique

Par Fabrice PASTOR, Neuropsychologue, IRLES.

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Temps de lecture : 4 min.

     La dyspraxie est un dysfonctionnement neuro-développemental non verbal qui toucherait environ 6% des enfants de 3 à 5 ans. L’exécution motrice d’un geste intentionnel est perturbée alors qu’il n’y a pas de retard mental, de handicap moteur visuel ou auditif, de trouble du développement psychoaffectif ni aucune atteinte lésionnelle sur le plan neurologique. On connait mal les causes de la dyspraxie. Ce trouble touche en moyenne 2 à 4 garçons pour une fille.

     Les gestes de la vie quotidienne sont pour la plupart des gens réalisés sans problèmes. Pourtant, effectuer un geste intentionnel qui suppose une finalité est quelque chose de complexe, et qui va au préalable demander l’élaboration d’un plan. En effet, lors de la réalisation de ce geste, l’individu va se baser sur des informations internes kinesthésiques (le déplacement), proprioceptives (la position des membres dans l’espace) et vestibulaires (la posture). Il va aussi avoir besoin de se baser sur des informations externes visuelles, tactiles et auditives.

     Certains enfants vont être en difficulté, voir en incapacité de coordonner leurs gestes, c’est-à-dire de les planifier en séquence. Ils devront fournir beaucoup d’efforts pour y parvenir et malgré cela, leur geste va se révéler peu harmonieux. Ces enfants souffrent peut-être de dyspraxie développementale…

     Le terme de “Dyspraxie” est communément employé aujourd’hui en France par les différents intervenants. Le manuel du DSM-4 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) avait, pour sa part, introduit le terme de “Trouble d’Acquisition des Coordinations” (TAC). Le nouveau manuel du DSM-5 introduit aujourd’hui le “Trouble Développemental de la Coordination” (TDC).

     Même s’il existe des nuances entre ces différents termes et que certains auteurs comme Michèle MAZEAU les différencient, beaucoup emploient “Dyspraxie”, “TAC” et “TDC” pour parler du même trouble neuro-développemental.

  • 1. Dyspraxie idéatoire

La succession chronologique pour réaliser un geste réel est altérée. L’enfant aura donc du mal à utiliser ses couverts, des ciseaux, un compas…

  • 2. Dyspraxie idéomotrice

Contrairement à la dyspraxie idéatoire, il s’agit ici d’un trouble dans l’organisation du geste moteur en l’absence de l’objet. C’est donc le fait de “faire semblant”, d’imiter des gestes avec les mains ou les doigts comme faire coucou, mimer, etc.

  • 3. Dyspraxie visuo-constructive

 Il s’agit d’un trouble dans les activités d’assemblage et de construction (empiler des cubes, des Lego…). L’enfant a, de plus, des difficultés à distinguer la droite de la gauche.

  • 4. Dyspraxie visuo-spatiale

Trouble de l’organisation et de la structuration spatiale. Par exemple, l’enfant ne parvient pas à reproduire convenablement un dessin en le copiant. Ce trouble implique presque toujours un trouble du regard en parallèle.

  • 5. Dyspraxie de l’habillage

L’enfant a de réelles difficultés à s’habiller seul (boutonnage, laçage…). Attention toutefois car l’apprentissage de l’habillage est long (entre 3 ans et 6-8 ans) et complexe.

  • 6. Dyspraxie bucco-linguo-faciale

Les actions comme souffler, siffler ou encore tirer la langue sont impossible à réaliser sous consigne verbale ou par imitation.

     Chez le nourrisson, la motricité globale reste acquise de manière générale dans des délais normaux. Par la suite lors de la petite enfance, l’enfant dyspraxique présentera des difficultés dans les manipulations faisant appel au visuo-manuel (cubes, encastrements, mais également habillage). Il y aura aussi le plus souvent une instabilité posturale avec parfois des mouvements stéréotypés et une difficulté pour fixer un objectif du regard.

     Sur le plan des activités domestiques quotidiennes, le jeune enfant dyspraxique se présente souvent comme maladroit : il casse ses jouets par inadvertance, bouscule les meubles et parfois peut tomber seul. Il montre des difficultés pour manger seul, pour s’habiller, et met parfois ses vêtements à l’envers. Il n’arrive pas à se boutonner ou encore nouer ses lacets. Encore une fois, les jeux de construction et d’assemblage sont échoués, même lorsqu’il doit suivre un modèle.

     L’apprentissage du vélo ou encore de la nage est long et difficile, l’enfant se fatigue et a peu d’autonomie.

     Souvent mal compris, l’enfant dyspraxique ne sera pas volontaire pour faire ce genre d’activité et pourra prétexter ne pas aimer l’activité qui lui posera des difficultés. Il convient donc d’être vigilant lorsqu’un enfant dit ne pas aimer dessiner ou faire du vélo par exemple.

     Lors d’un examen du tonus, on pourra repérer des syncinésies (c’est-à-dire le mouvement simultané d’une autre partie du corps qui n’est pas nécessaire à l’exécution d’une tâche) et de l’hypotonie (diminution de la tonicité musculaire).

     L’écriture sera lente et difficile au niveau du déroulement du geste et l’enfant dyspraxique aura des difficultés à suivre la ligne. En outre, il aura des du mal à reproduire des formes graphiques ou à positionner ses doigts correctement, ainsi que pour les praxies manuelles (positions des doigts).
Conscient de l’échec, il dépense beaucoup d’énergie pour réussir son action, ce qui va le fatiguer.

     Sur le plan affectif, l’enfant dyspraxique est ressenti comme immature. Il existe une perte de l’estime de soi qui favorise des sentiments comme la tristesse ou l’angoisse, faisant même apparaître parfois un état dépressif. Catalogué comme maladroit, étourdit et paresseux, il aura tendance à s’isoler lors des récréations et présentera souvent des troubles du comportement.
  • Quels sont les conséquences de la dyspraxie sur les apprentissages scolaires ?

La dyspraxie développementale a une répercussion importante sur les apprentissages scolaires.

– Graphisme : On observe des troubles au niveau de la maturation du geste et dans l’organisation et la structuration spatiale. On verra par exemple l’enfant ne pas parvenir à s’orienter sur une feuille.

– Écriture : L’écriture n’est pas automatique et le résultat est brouillon. Dans le détail, l’enfant dyspraxique écrit les lettres avec une grosseur inégale et bute sur les lettres obliques (N, X, W…) le plus souvent.

– Arithmétique : On observera une dyscalculie spatiale au niveau du dénombrement, de la pose et de la résolution des opérations à effectuer sur la feuille, ou du passage de la feuille au tableau. La lecture d’un texte en français se fait de gauche à droite. En mathématiques , la résolution d’une opération se fait de droite à gauche ce que peut donc perturber sa réalisation.

– Géométrie : Les directions et relations spatiales ne seront pas respectées (axes de rotation, axes de symétrie…).

– Lecture : Hésitante et lente, l’enfant dyspraxique a tendance à confondre les lettres semblables (b/d, p/q, n/u) et n’arrive pas à découper les mots en syllabes.

– Compréhension des consignes écrites : L’enfant ne sait pas chercher l’information pertinente du fait d’une impossibilité à se représenter la structure du texte.

– Orthographe : Les difficultés d’orthographe sont liées au trouble de la copie. En effet, il commettra des erreurs de copie notamment en passant du tableau à son cahier.

Apprentissage des leçons lues : Difficile à cause du manque de repères et de sauts de lignes. L’enfant butera par sa désorganisation spatiale, son manque de repères, les sauts de lignes…

– Chant et mime : Les gestes ne pourront pas être reproduits et l’enfant ne parviendra pas à suivre correctement le rythme d’une chanson.

– En éducation physique : Difficultés à apprendre de nouveaux jeux, à suivre le rythme des autres élèves ainsi qu’à viser une cible.

Ces troubles sont invalidants et provoquent un retard dans les apprentissages scolaires ainsi qu’une perte de l’estime de soi. Ces difficultés étant mal cernées par les enseignants et provoquant un rejet chez les autres enfants, il est important de dépister la dyspraxie le plus rapidement possible.

     La dyspraxie est un trouble neuro-développemental dont les répercussions sont sévères pour l’ensemble du développement de l’enfant. Les professeurs ont malheureusement souvent l’image d’un enfant paresseux en dépit de ses nombreux efforts, l’enfant dyspraxique est notamment souvent discret. Le diagnostic d’une dyspraxie a souvent un effet thérapeutique immédiat !

     Avec un enfant dyspraxique, la règle d’or est de se montrer patient et compréhensif. Il est très important de favoriser la verbalisation et la représentation mentale plutôt que de lui montrer visuellement. On peut, par exemple, utiliser le vocabulaire de notions spatiales afin d’organiser l’espace.

     Si le trouble est trop important, il peut être intéressant d’utiliser le traitement de texte d’un ordinateur afin d’aider l’enfant à se repérer (ergothérapie). Il peut aussi être utile de travailler à l’aide de photocopies afin de diminuer le recopiage. On peut utiliser des repères préalablement établis avec lui (surlignage, vignettes…) ou lui faire apprendre de manière orale les différentes étapes d’une action comme, par exemple, faire son cartable, pourquoi pas à la manière d’une poésie ou d’une chanson.

     De plus l’enfant dyspraxique étant lent, il convient de lui accorder plus de temps. On préfèrera également s’intéresser à la qualité du travail fourni plutôt qu’à la quantité.

  • Diagnostic et traitement

     Sur le plan diagnostic, un bilan neuropsychologique est indispensable afin d’avoir une vue d’ensemble du profil de l’enfant. Si la dyspraxie est évoquée, il sera alors important d’effectuer des bilans psychomoteurs, ergothérapeutique et orthoptique.

     La dyspraxie répond favorablement aux rééducations, notamment en ergothérapie et psychomotricité. En outre, si l’enfant présente une perturbation psychoaffective avérée voire un état dépressif, il sera alors important de proposer une psychothérapie.

SOURCES :
– VAIVRE-DOURET, L. (2007) Troubles d’apprentissage non verbal : les dyspraxies développementales, Paris, Elsevier Masson.
– Cours de Neuropsychologie, Université Bordeaux II.
– Expérience clinique de 10 ans.
Article publié également sur le portail de la psychologie francophone www.psychoweb.fr.
Article publié pour la première fois le 19/02/2010.
Article mis à jour le 16/10/2019.

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