Par Fabrice PASTOR, Neuropsychologue, IRLES
Article mis à jour le : 09/01/2025.
Temps de lecture : 5 min.
Le Trouble Développemental de la Coordination (TDC) est un dysfonctionnement neuro-développemental non verbal qui toucherait environ 6% des enfants de 3 à 5 ans. L’exécution motrice d’un geste intentionnel est perturbée alors qu’il n’y a pas de déficit intellectuel, de handicap moteur visuel ou auditif, de trouble du développement psychoaffectif ni aucune atteinte lésionnelle sur le plan neurologique. Ce trouble touche en moyenne 2 à 4 garçons pour une fille.
Les gestes de la vie quotidienne sont pour la plupart des gens réalisés sans problèmes. Pourtant, effectuer un geste intentionnel qui suppose une finalité est quelque chose de complexe, et qui va au préalable demander l’élaboration d’une planification dans le cerveau. Lors de la réalisation de ce geste, l’individu va se baser sur des informations internes kinesthésiques (le déplacement dans l’espace), proprioceptives (la position des membres de son corps dans l’espace) et vestibulaires (la posture du corps). Il va aussi avoir besoin de se baser sur des informations externes visuelles, tactiles et auditives.
Certains enfants vont être en difficulté, voir en incapacité de coordonner leurs gestes, c’est-à-dire de les planifier en séquence. Ils devront fournir beaucoup d’efforts cognitifs et de concentration pour y parvenir. Malgré cela, leur geste va se révéler peu harmonieux, compliqué. Ces enfants souffrent peut-être d’une dyspraxie développementale ou Trouble Développemental des Coordinations (TDC).
Le terme de « Dyspraxie » est communément employé aujourd’hui en France par les différents intervenants. Toutefois, depuis la parution du manuel du DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) le terme aujourd’hui utilisé est celui de « Trouble Développemental de la Coordination » (TDC).
Même s’il existe des nuances entre ces différents termes et que certains auteurs comme Michèle MAZEAU les différencient, beaucoup emploient « Dyspraxie », « TAC » et « TDC » pour parler du même trouble neuro-développemental.
Chez le nourrisson, la motricité globale reste acquise de manière générale dans des délais normaux. Par la suite lors de la petite enfance, l’enfant dyspraxique présentera des difficultés dans les manipulations faisant appel au visuo-manuel (cubes, encastrements, mais également habillage). Il y aura aussi le plus souvent une instabilité posturale avec parfois des mouvements stéréotypés et une difficulté pour fixer un objectif du regard.
Sur le plan des activités domestiques quotidiennes, le jeune enfant dyspraxique se présente souvent comme maladroit : il casse ses jouets par inadvertance, bouscule les meubles et peut parfois tomber tout seul. Il montre des difficultés pour manger seul, pour s’habiller, et met parfois ses vêtements à l’envers. Il n’arrive pas à se boutonner ou encore nouer ses lacets. Encore une fois, les jeux de construction et d’assemblage sont échoués, même lorsqu’il doit suivre un modèle.
L’apprentissage du vélo ou encore de la nage est long et difficile, l’enfant se fatigue et a peu d’autonomie.
Souvent mal compris, l’enfant dyspraxique sera peu volontaire pour faire ce genre de choses et pourra prétexter ne pas aimer l’activité qui lui posera des difficultés. Il convient donc d’être vigilant lorsqu’un enfant dit ne pas aimer dessiner ou faire du vélo par exemple.
Lors d’un examen du tonus, on pourra repérer des syncinésies (c’est-à-dire le mouvement simultané d’une autre partie du corps qui n’est pas nécessaire à l’exécution d’une tâche) et de l’hypotonie (diminution de la tonicité musculaire).
L’écriture sera lente et difficile au niveau du déroulement du geste et l’enfant dyspraxique aura des difficultés à suivre la ligne. En outre, il aura des du mal à reproduire des formes graphiques ou à positionner ses doigts correctement, ainsi que pour les praxies manuelles (positions des doigts).
Conscient de l’échec, il dépense beaucoup d’énergie pour réussir son action, ce qui va le fatiguer.
Le Trouble Développemental de la Coordination (TDC) a une répercussion importante sur les apprentissages scolaires.
– Graphisme : On observe des troubles au niveau de la maturation du geste et dans l’organisation et la structuration spatiale. On verra par exemple l’enfant ne pas parvenir à s’orienter sur une feuille.
– Écriture : L’écriture n’est pas automatique et le résultat est brouillon. Dans le détail, l’enfant dyspraxique écrit les lettres avec une grosseur inégale et bute sur les lettres obliques (N, X, W…) le plus souvent.
– Arithmétique : On observera en général un trouble du calcul, souvent sur le nombrement, la pose et la résolution des opérations à effectuer sur la feuille, ou du passage de la feuille au tableau. La lecture d’un texte en français se fait de gauche à droite. En mathématiques , la résolution d’une opération se fait de droite à gauche ce que peut donc perturber sa réalisation.
– Géométrie : Les directions et relations spatiales ne seront pas respectées (axes de rotation, axes de symétrie…).
– Lecture : Hésitante et lente, l’enfant dyspraxique a tendance à confondre les lettres semblables (b/d, p/q, n/u) et n’arrive pas à découper les mots en syllabes.
– Compréhension des consignes écrites : L’enfant ne sait pas chercher l’information pertinente du fait d’une impossibilité à se représenter la structure du texte.
– Orthographe : Les difficultés d’orthographe sont liées au trouble de la copie. En effet, il commettra des erreurs de copie notamment en passant du tableau à son cahier.
– Apprentissage des leçons lues : Difficile à cause du manque de repères et de sauts de lignes. L’enfant butera par sa désorganisation spatiale, son manque de repères, les sauts de lignes…
– Chant et mime : Les gestes ne pourront pas être reproduits et l’enfant ne parviendra pas à suivre correctement le rythme d’une chanson.
– En éducation physique : Difficultés à apprendre de nouveaux jeux, à suivre le rythme des autres élèves ainsi qu’à viser une cible.
Ces troubles sont invalidants et provoquent un retard dans les apprentissages scolaires ainsi qu’une perte de l’estime de soi. Ces difficultés étant mal cernées par les enseignants et provoquant un rejet chez les autres enfants, il est important de dépister la dyspraxie le plus rapidement possible.
Le TDC est donc un trouble neuro-développemental dont les répercussions sont sévères pour l’ensemble du développement de l’enfant. Les professeurs ont malheureusement souvent l’image d’un enfant paresseux en dépit de ses nombreux efforts, l’enfant avec TDC est en général discret. Pourtant dans la plupart des cas, le diagnostic d’un TDC a un effet thérapeutique immédiat !
Avec un enfant dyspraxique, la règle d’or est de se montrer patient et compréhensif. Il est très important de favoriser la verbalisation et la représentation mentale plutôt que de lui montrer visuellement. On peut, par exemple, utiliser le vocabulaire de notions spatiales afin d’organiser l’espace.
Si le trouble est trop important, il peut être intéressant d’utiliser le traitement de texte d’un ordinateur afin d’aider l’enfant à se repérer (ergothérapie). Il peut aussi être utile de travailler à l’aide de photocopies afin de diminuer le recopiage. On peut utiliser des repères préalablement établis avec lui (surlignage, vignettes…) ou lui faire apprendre de manière orale les différentes étapes d’une action comme, par exemple, faire son cartable, pourquoi pas à la manière d’une poésie ou d’une chanson.
De plus l’enfant avec TDC étant lent, il convient de lui accorder plus de temps. On préfèrera également s’intéresser à la qualité du travail fourni plutôt qu’à la quantité.
Le Trouble du Geste Graphique (ou « dysgraphie ») est une difficulté spécifique liée à l’écriture, qui se caractérise par des lettres mal formées, une mauvaise organisation spatiale sur la page, une écriture lente et illisible. Parfois, paradoxalement, l’enfant écrit particulièrement bien (il fait de la calligraphie) mais pour un temps d’exécution très long.
Ce trouble est rarement un trouble isolé. En effet, dans la majorité des cas, il constitue un symptôme d’une « dyspraxie » sous-jacente, particulièrement. Cela s’explique par la difficulté des enfants avec TDC à coordonner les gestes fins nécessaires pour former des lettres ou organiser leur écriture.
On restera donc très prudent sur une prise en charge qui ne ciblera QUE le geste graphique…
Sur le plan diagnostic, un bilan neuropsychologique est indispensable afin d’avoir une vue d’ensemble du profil de l’enfant. Si un TDC est évoqué, il sera alors important d’effectuer des bilans psychomoteurs, ergothérapeutique et orthoptique.
La prise en charge du TDC nécessite une approche multidisciplinaire, qui impliquera des professionnels tels que des ergothérapeutes, des psychomotriciens et des orthophonistes. Les interventions visent à améliorer la coordination motrice, à développer des stratégies compensatoires et à adapter l’environnement scolaire pour faciliter les apprentissages. Selon l’expertise collective de l’Inserm*, il est recommandé de garantir l’accès à un diagnostic précoce et à des interventions personnalisées pour chaque enfant
Recommandations pour les enseignants et les parents :
Attention, les recommandations ne sont jamais universelles. Il faut les proposer au cas par cas selon les résultats des évaluations.
Adaptations Scolaires: Fournir des supports adaptés, comme des feuilles avec des lignes plus larges, autoriser l’utilisation d’un ordinateur pour la prise de notes ou accorder du temps supplémentaire pour les tâches écrites.
Encouragement et Soutien: Valoriser les efforts de l’enfant, éviter les comparaisons avec les pairs et promouvoir des activités où il peut réussir pour renforcer son estime de soi.
Communication: Maintenir une communication régulière entre les parents, les enseignants et les professionnels de santé pour assurer une cohérence dans les interventions et le soutien apporté à l’enfant.
En outre, si l’enfant présente une perturbation psychoaffective avérée voire un état dépressif, il sera alors important de proposer une psychothérapie.
Par Fabrice PASTOR, Neuropsychologue, IRLES.
Article sous licence Creative Commons (BY NC ND) (vous devez indiquer la source et le nom de l’auteur pour toute reproduction, même partielle).
SOURCES :
Expertise collective de l’Inserm
– VAIVRE-DOURET, L. (2007) Troubles d’apprentissage non verbal : les dyspraxies développementales, Paris, Elsevier Masson.
– Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). (2019). Trouble développemental de la coordination ou dyspraxie. EDP Sciences.
– Vaivre-Douret, L. (2021). Trouble développemental de la coordination ou dyspraxie. EMC – Psychiatrie/Pédopsychiatrie
– Cours de Neuropsychologie, Université Bordeaux II.
– Expérience clinique de plus de 10 ans.
ARTICLE MIS EN LIGNE LA PREMIÈRE FOIS LE : 21/02/2009 sur Psychoweb.fr.
ARTICLE MIS A JOUR : 05/09/2025.
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