Dyssynchronie

Par Fabrice PASTOR, Neuropsychologue, IRLES.

Article sous licence Creative Commons (BY NC ND) (vous devez indiquer la source et le nom de l’auteur pour toute reproduction, même partielle).

Temps de lecture : 4 min.

     C’est Jean-Charles TERRASSIER qui évoque pour la première fois ce “trouble Dys” spécifique des enfants à Haut potentiel Intellectuel dans son ouvrage de 1981. La Dyssynchronie n’est pourtant pas un “Dys” reconnu, à part entière, par le monde scientifique.

     De manière simple, la Dyssynchronie peut se définir comme le décalage de développement qui existe chez un enfant précoce intellectuellement, entre son “intelligence”, son “affectivité” et sa “psychomotricité”. Rappelons de manière simpliste, qu’un enfant précoce est, par définition, un sujet qui obtient un score de 130 et plus au QI Total.

     Son modèle théorique de Dyssynchronie se découpe en deux aspects principaux : une Dyssynchronie Interne et une Dyssynchronie Sociale.

  • La Dyssynchronie interne : décalage interne de l’enfant

     Cette forme de Dyssynchronie touche les performances en psychomotricité, comparativement aux performances intellectuelles. Ici, l’enfant surdoué aura donc des performances intellectuelles supérieures à la moyenne statistique de son âge, mais présentera en parallèle une certaine maladresse motrice pouvant s’apparenter à une Dyspraxie. Il pourra donc avoir des difficultés graphiques, du mal à écrire, comme si contrôler son écriture était impossible. Ainsi, elle sera parfois illisible, irrégulière, tremblante (évoquant une Dysgraphie), voire trop rapide ou beaucoup trop lente.

     A contrario, l’enfant Dyssynchronique intelligence/psychomotricité aura d’excellentes capacités lors d’activités motrices qui l’enthousiasment et le motivent. Les activités nécessitant alors une motricité très fine pourront être bien réussies par exemple.

     Ce sera donc, typiquement, l’enfant maladroit, qui écrit mal, mais qui réussit parfaitement et sans difficultés des maquettes compliquées.

     Cette forme de Dyssynchronie impactera également la restitution des connaissances. Ainsi, l’enfant pourra avoir compris très rapidement une leçon ou trouver la solution à un problème, mais devra faire un vrai effort pour expliquer son raisonnement ou l’écrire.

     La Dyssynchronie interne pourra aussi toucher l’affectivité. Cette immaturité affective sera source d’incompréhension pour les parents. Très intelligent, l’enfant Dyssynchronique pourra paraître comme particulièrement immature et anxieux face à certaines contraintes de la vie quotidienne. C’est donc le décalage entre une intelligence brillante et inexpérience affective qui sera ici observé.

  • La Dyssynchronie sociale : décalage entre l’enfant et son environnement

     Tout d’abord, il existe un décalage entre les performances intellectuelles de l’enfant à Haut Potentiel et les attentes de l’école. A juste titre, Jean-Charles TERRASSIER fait l’analogie entre une Formule 1 qui roulerait à la vitesse d’une 2CV : les dégâts seraient considérables pour la Formule 1 à petite vitesse. Ainsi, si le système scolaire ne parvient pas à suivre le fonctionnement de l’enfant précoce, celui-ci va peu à peu désinvestir l’école et s’ennuyer. Il pourra alors, parfois, présenter les caractéristiques d’un Trouble Déficitaire de l’Attention avec Hyperactivité (TDA/H), en étant inattentif et parfois agité pour lutter contre l’ennui. Ainsi, l’enfant avec Dyssynchronie sociale ne se concentrera que sur les activités qui prennent un réel intérêt à ses yeux, qui le stimulent.

     D’un point de vue familial, cette Dyssynchronie sociale amène un décalage au sein de la famille. Vers 3-4 ans, l’enfant posera souvent des questions existentielles et curieuses sur lesquelles les parents n’auront parfois pas de réponses ; il percevra rapidement les failles des adultes (“Il sait appuyer là où ça fait mal !” dira ce papa d’un enfant au QI à 140).

     Cette “étrangeté” de comportement amènera alors les parents à peu à peu considérer leur enfant précoce comme une “petit adulte”. Malheureusement, cela n’est pas les aider car ces jeunes enfants surdoués n’ont pas la maturité pour. Au contraire, ces enfants ont tout autant besoin de câlins, d’affection, et d’être rassurés que les autres !

     Enfin, ce décalage pourra se voir entre l’enfant précoce et ses camarades. Soit, il va se différencier des autres enfants de son âge pour ne s’intéresser qu’aux grands et aux adultes. Comme l’enfant surdoué va ici se détacher voir s’isoler des autres enfants de son âge, il pourront alors parfois le molester, voir le harceler. Soit, il va se sur-adapter aux enfants de son âge, mais ses relations ne sembleront pas spontanées et pourront ne pas tenir dans le temps.

  • Dépistage et évaluation de la Dyssynchronie ?

     La Dyssynchronie n’étant pas une caractéristique reconnue par la majorité du monde scientifique, il n’existe pas, à ce jour, de protocole d’évaluation établit ou de test de dépistage à proprement parler.

     Toutefois, plusieurs éléments doivent être mis en place : une évaluation par un test de QI standardisé (échelles de Wechsler, WPPSI-4, WISC-5, WAIS-4 par exemple), sur laquelle le QI Total est égal ou supérieur à 130. Il me semble important de rajouter qu’un test de QI seul n’est pas “suffisant” pour établir la présence d’un Haut Potentiel Intellectuel. L’observation de l’enfant lors des tests, les éléments rapportés par la famille et le comportement quotidien de l’enfant sont des éléments indispensables au “diagnostic” d’une précocité. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une solide formation de clinicien est requise pour établir la présence d’un surdouement. Aussi, le psychologue pourra parfois constater la présence d’une précocité, accompagnées de difficultés affectives particulières ou sociales.

     Concernant la Dyssynchronie interne touchant la dualité intelligence/psychomotricité, l’évaluation psychométrique par le psychologue pourra être complétée par un bilan psychomoteur complet. Ce sont les décalages de certaines épreuves qui permettront d’objectiver une hypothétique Dyssynchronie intelligence/psychomotricité.

Par Fabrice PASTOR, Neuropsychologue, IRLES.

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SOURCES :

– Jean-Charles TERRASSIER : Les Enfants surdoués ou la précocité embarrassante — Paris : E.S.F., 1981.
– Diverses sources Internet.
– Expérience clinique.

ARTICLE PUBLIÉ LE : 13/12/2019.

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