Dyslexie

Par Fabrice PASTOR, Neuropsychologue, IRLES.

Article sous licence Creative Commons (BY NC ND) (vous devez indiquer la source et le nom de l’auteur pour toute reproduction, même partielle).

Temps de lecture : 5 min.

    La dyslexie est un trouble des apprentissages touchant la lecture et l’écriture de manière durable. L’enfant aura des difficultés pour distinguer et mémoriser les lettres ou les groupes de lettres, l’ordre et le rythme ainsi que la structuration des phrases en lecture et en écriture. Avant de s’intéresser à la dyslexie en détail, essayons de voir en quoi consiste le fait de lire.

Apprendre à lire

    Les dernières études en neuro-imagerie ont pu montrer qu’apprendre à lire nécessite de recycler un réseau d’aires cérébrales impliqué dans la reconnaissance visuelle (notamment des visages) et dans le traitement du langage parlé. De manière illustrative, plus on apprend à lire, moins vite on peut reconnaître un visage ! Pas de panique toutefois : cela ne signifie nullement qu’un lecteur expert ne parvient que difficilement à reconnaître un visage ! Mais ces différentes zones vont migrer dans le cerveau.

  • Quels sont les avantages des langues alphabétiques ?

Les langues alphabétiques comportent globalement 3 grands avantages :
– on peut écrire avec l’alphabet, une infinité de mots,
– on peut lire des mots que l’on n’avait jamais vu auparavant, et même lire des mots qui n’existent pas,
– on peut proposer un apprentissage à un très grand nombre d’enfants.

Comment un enfant apprend-il à lire ?

  • Au départ, l’enfant déchiffre et assemble

     Généralement au CP, l’enfant apprend que certaines lettres mises ensemble font certains sons. Cette phase n’est toutefois pas si simple : il faut savoir qu’il existe des exceptions, que certaines lettres « chantent » différemment selon leur position (ex. chaleur/chorale), qu’il existe des lettres muettes (ex. souris) ou encore qu’il y a des mots irréguliers (ex. oignon).

     Pour automatiser ce déchiffrage, il existe peu de recettes… la principale est de pratiquer intensivement ce déchiffrage. Donc, au début de l’apprentissage de la lecture, lire des mots plusieurs fois par jour est indispensable.

  • Peu à peu, il créé une « boite aux lettres des mots écrits »

     Au fil des entraînements de déchiffrage et d’assemblage, les différents groupes de lettres fréquents, et les mots fréquents vont s’inscrire dans une zone cérébrale appelée “l’aire de la forme visuelle des mots”.

     Plus l’enfant va être entraîné, et plus il va pouvoir lire rapidement : regarder le mot, c’est le comprendre. Ainsi, toute la vie, le fait de lire sera une coexistence perpétuelle entre assemblage et accès direct.

Les différentes formes de dyslexies

  • La Dyslexie Phonologique

     Cette forme de dyslexie est également appelée “dysphonétique”, “phonétique”, “linguistique” ou “profonde”.

     Quand l’enfant va déchiffrer et assembler les lettres, il va avoir des difficultés à faire correspondre les lettres et les sons, à associer ensemble les consonnes et les voyelles. Il va donc faire des erreurs.

  • Symptômes de la Dyslexie Phonologique

     Dans la Dyslexie phonologique, l’enfant aura d’importantes difficultés pour déchiffrer les mots nouveaux et les logatomes (des mots sans signification comme par exemple “flégazore”). Un des principaux impact est qu’au début de l’apprentissage de la lecture, l’enfant est sans cesse confronté à des mots nouveaux… qu’il ne parvient donc pas à déchiffrer.

     Il lira “capané” au lieu de “canapé”, devinera “papa” quand il sera écrit “père”, confondra des lettres proches au niveau visuel (b/d, u/n) ou au niveau phonologique (p/b, t/p), ou encore ajoutera, changera ou enlèvera des lettres ou des syllabes dans un mot lu.

     La plupart du temps dans cette forme de Dyslexie, l’enfant tentera perpétuellement de “deviner” le mot à partir des indices qu’il pourra percevoir de sa lecture, et essaiera d’y retirer un sens à partir de ces bribes perçus.

  • La Dyslexie Lexicale

     Cette forme de dyslexie est également appelée “de surface”, “désidéitique”, “morphémique” ou “d’analyse visuelle”.

     Le jeune est ici comme “figé” dans le système déchiffrage et assemblage. Pour l’enfant souffrant de cette forme de dyslexie, les mots ne sont que des amas de lettres et de sons. Il a donc des difficultés à en retirer du sens.

  • Symptômes de la Dyslexie Lexicale

     Dans la Dyslexie lexicale, l’enfant aura d’importantes difficultés à lire les mots à partir de leur forme visuelle. Il n’y aura donc aucun automatisme de lecture, il va lire très lentement, en déchiffrant. Comme pour la Dyslexie Phonologique, il confondra les lettres visuellement proches, et persistera dans l’erreur sur des mots irréguliers tels que “oignon” ou “femme”.

  • La Dyslexie Mixte

     La Dyslexie Mixte est schématiquement une Dyslexie Phonologique et une Dyslexie Lexicale combinée. C’est la forme de Dyslexie la plus handicapante, l’enfant est incapable de lire.

  • Symptômes de la Dyslexie Mixte

     Dans la Dyslexie Mixte, l’enfant est quasiment incapable de lire les mots. Il ne reconnaîtra pas les mots connus, ne parviendra pas à déchiffrer les logatomes, nouveaux mots ou encore les mots réguliers et irréguliers. Cette forme de Dyslexie entraine très souvent une Dysorthographie sévère.

Les causes de la Dyslexie

     Il existe des facteurs héréditaires à la survenue d’une Dyslexie chez l’enfant. Les études montrent notamment que si un des deux parents est dyslexique, leurs enfants auront entre 18% et 40% de chances d’être dyslexique. On repère également des facteurs socio-économiques ainsi que le niveau d’intelligence globale (QI) qui peuvent influer sur l’apparition d’une Dyslexie.

  • Quand m’inquiéter d’une Dyslexie chez mon enfant ?

     En Grande Section de Maternelle, on pourra se poser des questions si l’enfant a des difficultés pour comprendre que les lettres font des sons spécifiques.

     Au CP, l’enfant pourra avoir du mal à faire correspondre la ou les lettres à un son correspondant.

     Au CE1, on constatera des difficultés de lecture (des lenteurs et des confusions le plus souvent), pour copier, en dictée, mais également en mémoire et en concentration à cause de la fatigue provoquée par les efforts que fait l’enfant lorsqu’il essaie de lire.

Diagnostic de la Dyslexie

     C’est principalement l’orthophoniste qui évalue en détail et pose le diagnostic de Dyslexie. En général, ce diagnostic survient à la fin du CE1, voire au début du CE2 seulement si l’enfant présente un retard sévère.

     Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille attendre la fin du CE1 pour faire une évaluation orthophonique ! Un premier bilan est nécessaire quand l’enfant présente des difficultés, dès la Grande Section de Maternelle voire au CP. Mais c’est lorsque l’amélioration de la lecture n’est pas suffisante malgré la rééducation orthophonique, et suite à un ou plusieurs bilans de retest, que l’orthophoniste pourra envisager un diagnostic de Dyslexie.

     Précisons toutefois qu’un bilan orthophonique devra être complété d’autres bilans paramédicaux. Le bilan neuropsychologique notamment, sera indispensable afin d’évaluer les compétences générales de l’enfant (test de QI notamment). On proposera différentes investigations comme des bilans ophtalmologiques et orthoptiques neuro-visuels. Une évaluation en psychomotricité et en ergothérapie pourra également être pertinente.

Par Fabrice PASTOR, Neuropsychologue, IRLES.

Article sous licence Creative Commons (BY NC ND) (vous devez indiquer la source et le nom de l’auteur pour toute reproduction, même partielle).

SOURCES :

– LUSSIER, F., FLESSAS, J. (2009). Neuropsychologie de l’enfant : Troubles développementaux et de l’apprentissage, Paris, Dunod, 2ème édition.
DEHAENE, S. (2018) Apprendre ! : Les talents du cerveau, le défi des machines. Odile Jacob.
– Expérience clinique.

Mise à jour de l’article : 01/11/2019

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