L'Enfant Surdoué

Par Fabrice PASTOR, Neuropsychologue, et Pascal BARBECANNE, Psychologue clinicien, Institut IRLES

Article sous licence Creative Commons (BY NC ND) (vous devez indiquer la source et le nom de l’auteur pour toute reproduction, même partielle).

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Temps de lecture : 12 min.

     Précoces, “Zèbres”, à Haut Potentiel Intellectuel, EIP (pour Enfant intellectuellement précoce), doués, philo-cognitifs ou encore Albatros, sont des termes qui, à peu de choses près, évoquent les enfants au QI situé à 2 déviations standard de la moyenne, c’est-à-dire aux alentours de 130. Outre les différentes terminologies, ils présentent tous une caractéristique commune : ce sont des “Haut-QI” (F. Ramus)

  • Enfant précoce : tentative de définiton

     Comme évoqué en préambule, il existe plusieurs terminologies pour tenter de qualifier ces enfants parfois particuliers, mais qui ont, pour la plupart, un QI aux alentours de 130. Cette profusion de termes différents semble être le reflet d’une difficulté intrinsèque à simplement définir, de manière consensuelle, ce qu’est la précocité intellectuelle chez l’enfant.

     D’un point de vue statistique, une enfant à Haut Potentiel Intellectuel présente un QI Total situé à 130 et plus. Cela représente seulement 2,27% des autres enfants du même âge, selon la courbe de Gauss utilisée sur les épreuves de Wechsler.

Une précision importante : pour que ce chiffre du QI soit valide et significatif, il est nécessaire que les notes aux différentes épreuves du QI soient homogènes, et que les Indices qui constituent ce test soient également homogènes.

     Fabrice Pastor, Neuropsychologue, à l’institut IRLES nous explique qu’une homogénéité aux épreuves du QI reste assez rare : “Lorsque je propose une épreuve de QI à un enfant, un WISC-5 par exemple, j’ai constaté qu’il était beaucoup plus fréquent que les Indices soient hétérogènes plutôt qu’homogènes. L’homogénéité au test de QI me semble présente dans seulement 5% à 10% des cas” nous dit-il. “C’est l’hétérogénéité qui est intéressante pour le bilan neuropsychologique dans le test du QI. Elles nous permettent d’interpréter les résultats et, le cas échéant, d’évoquer un trouble Dys.” Attention toutefois, nous explique-t-il : ce n’est pas parce qu’un enfant présente des Indices au test de QI hétérogènes, qu’il présente un trouble Dys !

     Lorsque des enfants consultent pour une suspicion de Haut Potentiel Intellectuel, nous constatons parfois des scores très élevés sur les compétences verbales (avec un Indice de Compréhension Verbale – ICV – parfois bien au-dessus de 130), mais des aptitudes dans les autres domaines dans la moyenne attendue. Fabrice Pastor met en garde : “une grande force au niveau verbal, et seulement au niveau verbal n’objective pas, selon moi, une précocité intellectuelle”. En effet, les aptitudes verbales sont corrélées au niveau socio-culturel et socio-éducatif de la famille.

     Par exemple, un enfant “très nourrit” verbalement (et s’il ne présente pas de trouble concomitant comme une Dyspraxie ou/et un TDA/H qui impacteraient son score au QI) pourra avoir des performances verbales plus élevées que la moyenne attendue pour son âge. Est-on ici dans un surinvestissement verbal ou dans un véritable Haut Potentiel Intellectuel ? Fanny Nusbaum a d’ailleurs observé ce profil particulier, avec des compétences verbales très élevées pour certains sujets au QI élevé qu’elle nomme les “philo-cognitifs complexes“.

     Ainsi, bien que le score au test de QI soit le premier critère reconnu internationalement pour objectiver une précocité intellectuelle, ce serait une erreur de ne pas prendre en considération les éléments de l’entretien avec le psychologue examinateur. Cet entretien clinique apporte des éléments indispensables :Il est malheureusement bien souvent totalement ignoré par rapport à ce sacro-saint chiffre du QI, pour “diagnostiquer” un Haut Potentiel Intellectuel” nous dit Fabrice Pastor.

  • Les caractéristiques psychologiques de l'enfant à Haut Potentiel Intellectuel

     Pour Pascal Barbecanne, psychologue clinicien à l’Institut IRLES Aquitaine, et spécialiste de la sphère psycho-affective, le surdoué est un enfant dont “l’âge mental” est en avance de plusieurs années par rapport à son âge réel, physique et affectif. II lui faut assumer au quotidien ce décalage entre les différents secteurs de son développement. La précocité est “embarrassante”, terme repris à Jean-Charles Terrassier. L’enfant ne répond pas à l’image que l’on pourrait attendre de lui : il déroute ceux qui le côtoient…

     II a tout compris très vite : “laisse un peu les autres répondre” entend-il quelquefois. II a besoin de passer à autre chose, il attend en vain : il devient rêveur ou agité, il subit critiques et punitions. Selon son caractère, il va se refermer sur lui-même (inhibition, solitude, introversion), se réfugier dans les larmes, ou bien encore devenir agressif, et dans le pire des cas, rejeter toute activité scolaire…

     Comme beaucoup d’enfants, il est curieux de tout mais de façon intarissable. Il recherche le plus fréquemment le dialogue avec les adultes, mais préfère travailler seul et s’isole très souvent. Il apprécie, et cherche des jeux complexes, mais ne supporte pas d’échouer jusqu’à même éviter l’éventualité de la déception, renoncer pour ne pas souffrir, et fuir. Il peut très vite se lasser d’une activité, mais sitôt qu’elle l’intéresse il peut y rester collé de nombreuses heures ; il est infatigable, mais ne sait pas que ses parents ne le sont pas.

     II préfère bien souvent des camarades plus âgés que lui, mais ne peut partager leurs préoccupations, mal à l’aise avec les enfants de son âge, il est souvent mis à l’écart, rejeté parce que ressenti comme étant différent. La souffrance peut devenir telle, que l’école peut être totalement désinvestie ; il peut la comparer à une arène ; un lieu où il se sent persécuté. Aussi, l’enfant peut présenter des troubles psychologiques liés à l’angoisse de se retrouver seul dans “la cage aux fauves” ! (agoraphobie, inhibition, timidité extrême…).

  • Quelques autres signes d'un probable enfant surdoué

     Lorsque l’on étudie la littérature sur le sujet, de nombreux éléments sont soulevés pour suggérer un haut potentiel chez l’enfant. Ainsi dès les premiers mois, le regard pourra être intense, comme si l’enfant scannait son entourage. Il peut tenir assis de manière très précoce. Souvent, le langage apparaît tôt, avec une très bonne syntaxe. Il y a rarement de babillage. L’enfant précoce est curieux de tout, il peut fatiguer son entourage avec ses questions.

     Sur le plan du sommeil, on pourra constater des difficultés d’endormissement, et une anxiété de séparation camouflée sous la forme de questions existentielles. Combien d’enfants attendent le soir au coucher pour demander à leurs parents si nous sommes seuls dans l’Univers ou ce qu’il y avait avant les dinosaures… ? Au niveau de l’alimentation, l’enfant précoce pourra parfois être très sélectif.

     Les enfants précoces sont, semble-t-il, plus souvent gauchers (dans 40% à 50% des cas) que la moyenne de la population (12%). Cette constatation est présente également chez les membres de MENSA.

  • Le cas de Fabien

     Pascal Barbecanne nous relate son expérience avec Fabien* âgé de 11 ans, un jeune patient qu’il a suivi voilà quelques années :

     Je me souviens du cas d’un jeune garçon ; Fabien (11 ans). Fabien avait été diagnostiqué intellectuellement précoce dès son plus jeune âge. Je l’avais rencontré en consultation car il subissait quotidiennement et continuellement un véritable harcèlement moral et physique au collège ; parce qu’il était “surdoué” : “t’as vu, lui disaient certains, t’as beau être surdoué j’ai eu une meilleure note que toi en maths !”. Fabien était consterné par ces moqueries à répétition ; à ce moment-là, il aurait bien souhaité ne pas traîner la casserole de l’enfant surdoué.

     Mais pourtant. Il en était arrivé à un point où il portait physiquement et psychiquement les stigmates de “la médiocrité de son entourage”. Fabien était mal : il avait totalement perdu confiance en lui, il refusait de retourner au collège, il prenait des antidépresseurs, il n’arrivait plus à dormir sereinement ; il était à bout.

     J’étais inquiet pour lui ; il exprimait tellement peu de choses en paroles au début des entretiens ; je craignais qu’il sombre dans le passage à l’acte ; il avait des envies suicidaires. Certes il savait que son problème, à la base était de se faire des amis, d’aller vers les autres, mais il était confronté à une dynamique de groupe où il portait le chapeau du parfait bouc émissaire. Lui pouvait changer avec du soutien psychologique et un travail psychothérapique, mais les autres….

     Plus il regagnait en confiance et plus les actes de mépris s’amplifiaient et se multipliaient. Jusqu’à quel point Fabien porterait-il physiquement le sceau douloureux de sa différence ?

     Avec beaucoup de temps, de réflexions avec lui, ses parents, Fabien dû changer d’établissement en cours d’année. Il en était arrivé à un point de non-retour. A présent, il savait que c’était pour lui une occasion de repartir à zéro ; il ne connaissait personne dans le nouvel établissement, et personne ne le connaissait. Il fût accueilli par le chef d’établissement à bras ouverts et il fût placé dans une classe où il y avait quelques enfants comme lui.

     En un mois Fabien rattrapa son retard scolaire, appris les bases d’une nouvelle langue et il parvint à se faire de nouveaux amis… et il se débarrassa très vite de ses casseroles.

  • La pensée en arborescence ?

     “Les enfants à Haut Potentiel Intellectuel auraient un mode de pensée qualitativement différent de celui des enfants ordinaires”. Ce mode de pensée est appelé : “la pensée en arborescence”.

     La pensée en arborescence serait une pensée foisonnante. Elle résulterait de la multitude des connexions neuronales du cerveau du surdoué, qui se dirigerait dans “tous les sens”, se développant en sous-idées, en associations d’idées… en arborescence.

     Comme nous le rappellent à très juste titre Franck Ramus professeur au laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique à l’École normale supérieure, et Nicolas Gauvrit, psychologue et mathématicien français spécialisé en sciences cognitives dans leur article “La légende noire des surdoués“, le terme “pensée en arborescence” est totalement inconnu du monde scientifique. On pourrait préférentiellement évoquer la pensée divergente. Pour autant, aucune étude scientifique n’a pu établir de manière statistique que les sujets précoces ont une pensée divergente plus développée que les sujets non-précoces. Le terme “pensée en arborescence” utilisé notamment par Jeanne Siaud-Facchin, relèvera donc d’une idée de foisonnement de pensée.

     Il existe encore de très nombreuses croyances et mythes sur le fonctionnement et les particularités des enfants précoces, notamment sur la corrélation entre les enfants surdoués et les troubles Dys. Ces mythes sont détaillés par le biais de données sourcées, dans les différentes formations proposées par l’Institut IRLES.

  • Le "Dys" spécifique aux enfants précoces : la Dyssynchronie

     Jean-Charles Terrassier aura théorisé sur un trouble spécifique aux enfants précoces : la Dyssynchronie. Nous vous invitons à lire en détail ses caractéristiques sur l’article dédié : La Dyssynchronie chez l’enfant à Haut Potentiel Intellectuel.

  • Mettre en évidence un Haut QI

     Comme nous l’avons évoqué plus haut, mettre en évidence un Haut Potentiel Intellectuel nécessite une évaluation complète avec un test de QI adapté à l’âge de l’enfant (WPPSI-4, WISC-5 ou encore WAIS-4 par exemple), ainsi que différents entretiens cliniques. Les psychologues et neuropsychologues de l’Institut IRLES disposent de tous les outils et de toutes les compétences nécessaires pour en savoir plus.

Par Fabrice PASTOR, Neuropsychologue, et Pascal BARBECANNE, Psychologue clinicien, Institut IRLES.

Article sous licence Creative Commons (BY NC ND) (vous devez indiquer la source et le nom de l’auteur pour toute reproduction, même partielle).

* : Le prénom Fabien a été modifié par souci d’anonymat.
 

SOURCES :

La légende noire des surdoués, F. Ramus & N. Gauvrit : https://www.researchgate.net/publication/314096481_La_legende_noire_des_surdoues
F. Nusbaum, O. Revol et D. Sappey-Marinier, Les Philo-cognitifs : ils n’aiment que penser et penser autrement. Odile Jacob.
– J. Siaud-Facchin, L’enfant surdoué. Odile Jacob, 2012.
– N. Favre, B. Lorant. Mon enfant est précoce – Guide à l’usage des parents désorientés. Leduc. S Pratique, 2018.
– O. Revol & al. 100 idées pour accompagner les enfants à Haut Potentiel. Tom Pousse, 2015.
– Expérience clinique des auteurs.
 

ARTICLE MIS EN LIGNE LA PREMIÈRE FOIS LE : 01/10/2012 sur notre ancien site.

ARTICLE MIS A JOUR : 26/05/2020.

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